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poésie

Brisé, je marche encor ; si parfois je m’arrête,
Je ne vois à mes pieds qu’une rive muette
Près d’un port inconnu.




Le fardeau pèse en vain sur mon âme accablée,
Je n’incline pas plus vers la terre glacée
Où m’aspire l’oubli.
Ma vie est un désert où souffle un vent aride,
Sans éveiller d’échos… mon cœur est dans le vide
Et le vide est en lui.




Je porte mon néant ; mon tombeau, c’est moi-même ;
Et l’ombre du sépulcre est comme un diadème
Qui m’entoure vivant ;
Tel un arbre flétri sous les coups de l’orage
Se prépare un linceul de son propre feuillage,
À sa mort survivant !




Ô rêves d’autrefois ! ô mes jeunes années !
Dans le flot éternel qui donc vous a poussées
Si loin de mon regard ?
Oh ! revenez vers moi, qu’un instant mon cœur s’ouvre
Que j’écarte un seul jour le deuil qui vous recouvre
Avant qu’il soit trop tard !