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CHRONIQUES

sont en somme que ce que les font et ce que sont eux-mêmes les gouvernés. On n’est pas plus libre avec une forme de gouvernement qu’avec une autre ; montrez-moi un pays où les hommes ont le sentiment de leurs droits et le respect de la liberté d’autrui, et je vous dirai de suite que le caractère des institutions de ce pays est essentiellement républicain, quel que soit le nom qu’elles portent ou qu’elles ont gardé du passé.

Montrez-moi au contraire une république parfaitement organisée, avec tous les instruments et tous les rouages qui répondent à cette forme de gouvernement, mais où la liberté n’existe ni dans l’éducation ni dans les mœurs, et je comprendrai aussitôt qu’une telle république est le meilleur outil possible aux mains des tyrans, parce qu’il n’y a pas de peuple plus avili, plus propre à l’esclavage, que celui qu’on peut asservir avec les instruments mêmes de la liberté.

Que valent des institutions dont l’essence et le principe sont bannis ? Et cependant c’est pour elles, c’est pour le nom qu’elles portent bien plus que pour la liberté, qu’elles sembleraient garantir, que des nations entières déchirent leur propre sein et se vouent fatalement au despotisme par l’épuisement.

Voilà ce que c’est que le préjugé. Voilà où mène l’amour des institutions substitué à celui des principes et des droits. Les institutions en elles-mêmes sont indifférentes, elles peuvent prendre à discrétion toutes les formes ; mais ce qui n’est plus indifférent, c’est l’objet pour lequel elles sont faites, c’est le principe qu’elles renferment. Les institutions peuvent changer, être remplacées par d’autres suivant la nécessité des temps ; à quoi sert alors de les élever à la hauteur d’un culte et d’en faire des fétiches ? fétiches dangereux,