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CHRONIQUES

parce que le peuple les respecte encore alors même qu’elles ont perdu tous les droits au respect.

Tout est préjugé et la fiction règne partout ; c’est à peine si l’on peut trouver, clairsemées dans le monde, quelques rares habitudes, quelques pratiques sociales, politiques ou autres, qui ne soient basées sur une idée fausse et maintenue par la tyrannie de la routine. Si ce n’était pas le préjugé qui gouverne le monde, ce serait la raison ; et, alors, il n’y aurait plus besoin de rien établir ni de rien maintenir ; les lois et les institutions deviendraient inutiles ; la liberté, maîtresse souveraine et universelle, n’aurait plus à craindre aucune atteinte, enfin, toutes les formes de gouvernement se fondraient en une seule, forme idéale, étrangère aux préceptes, mais impérissable comme le bon sens et la justice mêmes, qui seraient ses seuls éléments.

Oui, tout est préjugé, tout, hélas ! jusqu’à ce brillant axiome devenu chez nous une vérité élémentaire — qu’on parle mieux le français en Canada qu’en France. Comment faisons-nous pour cela ? Je l’ignore ; mais il est certain que cela est, tant de gens le croient, et puis, on le leur a dit !… Ah ! Le « on le dit, » voilà encore un préjugé formidable. Quoiqu’il en soit, il est entendu que les canadiens parlent mieux le français que les français eux-mêmes. Je ne peux pas discuter l’universalité d’une croyance aussi absolue : je m’incline, mais je reste étourdi.

Où diable avons-nous pris la langue que nous parlons ? Il me semble que nous la tenons de nos pères, lesquels étaient