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le dernier mot.

des plus petits parmi les milliards d’astres qui peuplent l’espace ; dans sa prétention enfantine, l’homme a divisé cet atôme en années, en mois, en jours, en heures et jusqu’en secondes, comme si la vie tout entière de l’humanité était seulement une seconde infime pour le reste du temps !

Sait-on bien ce que c’est que notre histoire ? Soixante siècles ! Prenez soixante hommes qui ont vécu chacun cent ans, et chaque siècle en produit d’assez nombreux, mettez-les côte-à-côte et vous aurez là toute l’humanité ; à un bout, « 75 ; » à l’autre bout, Adam et le paradis terrestre. L’homme d’aujourd’hui, l’homme moderne qui croit en savoir long, parce qu’il a trouvé la vapeur, l’électricité, le par-à-foudre et quelques secrets des autres mondes, pourrait parler au père commun de tous les hommes ; un espace de soixante-quinze pieds seulement l’en séparerait, en donnant au buste de chaque homme une moyenne d’un pied et quart. Adam entendrait la voix du dernier centenaire et chacun d’eux aurait vu la soixantième partie de tout ce qui s’est passé dans le monde !

Qu’auraient-ils à se dire ? Résumez toute l’histoire et voyez si cela vaut la peine d’être raconté. Des folies, des guerres, des massacres, des impostures puériles et séculaires imposées à l’imagination effrayée, des persécutions, des atrocités de toute nature, la haine continuelle, toutes les plus mauvaises passions à peine mitigées par quelques correctifs, s’il est vrai que nos vertus elles-mêmes sont faites de vices et de bassesses, si l’orgueil joint à l’avarice engendre l’ambition, si l’amour vient de la concupiscence, si l’amitié naît de l’égoïsme, si la prudence vient de la peur, et si la folie ou l’arrogance enfantent le courage.