Page:Buies - Chroniques, Tome 2, Voyages, 1875.djvu/329

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le dernier mot.



La mort, qui n’ouvre pas une vie future, est terrible, épouvantable, pleine d’horreurs et d’angoisses. Quel courage, quelle force d’âme peut la faire regarder de sang-froid, si elle doit être suivie du néant ? Avoir été tout, du moins par la pensée, avoir été créé pour l’infini, l’éternel, puisque l’esprit l’embrasse toutes les fois qu’il s’y porte, avoir été un dieu par les aspirations et le sentiment invincible de l’immortalité, et savoir que dans un instant on ne sera rien, qu’il suffit pour cela d’un souffle de moins…… non, non, il n’y a pas un homme qui se soumette à un pareil destin, et le blasphème naît immédiatement sur les lèvres. Il n’y a plus de Dieu possible ; on ne pourrait plus supposer que l’existence éternelle d’un génie du mal procréant sans raison, sans objet, des êtres à qui il ferait sans cesse tout espérer afin de tout leur enlever, à qui il donnerait des aspirations infinies qui ne seraient que des déceptions et des chimères, des êtres faits uniquement pour souffrir, sans compensation après en avoir espéré une toute leur vie, d’une souffrance stérile parce qu’elle n’aurait ni objet ni récompense. Si cela était, l’homme maudirait sans cesse le jour de sa naissance ; il en voudrait à la vie qui ne lui donne que des jouissances factices, et il serait sans force contre les dernières douleurs parce qu’il serait sans espoir. Son agonie serait horrible, inexprimable. Si cela était, la vie serait le plus grand des fléaux, et de la donner le plus grand des crimes.

Matérialistes insensés ! Quand bien même votre système serait irréfutable, démontré à l’évidence, de le prêcher vous ferait encore les plus odieux, les plus abominables des