Page:Buies - Chroniques, Tome 2, Voyages, 1875.djvu/330

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le dernier mot.

hommes. Vous enlevez à la pauvre humanité le seul bien qu’elle possède, et encore ce bien n’est-il qu’une espérance ; vous lui enlevez la source de toutes les belles et grandes choses, l’aiguillon, le mobile le plus certain des bonnes œuvres. En effet, du jour où je n’ai plus aucune raison d’être honnête, dévoué, vertueux, de croire enfin ! il ne me reste plus rien.

Mais non, non, vous n’atteindrez jamais jusqu’au fond des âmes, vous ne saisirez jamais ce qui échappe à l’analyse, ce qui me fait vivre en dehors et dans une autre vie, bien plus qu’en moi-même. Votre science monstrueuse, qui mettrait fin du coup à toutes les sociétés humaines et renverrait l’homme à un état plus hideux que celui de la brute, s’arrête au seuil de la conscience, devant la même aspiration, universelle et inébranlable, de l’humanité entière. Que tous les hommes soient convaincus qu’ils n’ont plus rien à attendre en dehors de leur existence présente, et de suite l’amour entre eux disparaît, l’amour qui est le fond même, l’unique source de tout bien. Un désir effréné de jouissances exclusives s’empare de chacun et, pour y parvenir, tous les crimes deviennent permis et légitimes ; car dès lors qu’il n’y a plus de conscience, il n’y a plus de crimes.



Voyez les pays où l’on remarque un développement excessif des choses matérielles. Un appétit féroce de richesse qui absorbe et consume toute la vie, le lucre violent et sauvage, une soif brûlante de plaisirs grossiers, aucun frein à la nature bestiale qui a déjà une si grande part de