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CHRONIQUES

d’hui dans bon nombre d’états, on n’exécute plus. La société aurait donc abdiqué un droit, et cela en faveur des criminels ! Qui oserait le prétendre ?

La notion du juste n’est pas encore acquise, parce que l’amour mutuel n’est pas encore répandu parmi les hommes. Quand on verra dans un criminel un malheureux égaré plutôt qu’un ennemi, alors il n’y aura plus de peine de mort.

On dit que la peine capitale a existé dans toutes les législations, et cela depuis que le monde est monde. Avant tout, quand on veut citer l’histoire, il faut la comprendre. Or, s’il est un enseignement historique dont l’évidence éclate, c’est la complète impuissance de l’échafaud à réprimer les crimes. Quoi ! voilà un châtiment que l’on inflige depuis six mille ans, il n’a jamais produit d’effet… et l’épreuve n’est pas encore assez longue ! Quoi ! les statistiques démontreront que partout où la peine de mort est abolie, où l’instruction publique est répandue, les crimes sont moins nombreux et l’on continuera de se servir de ce moyen pour moraliser les masses ! Étranges moralisateurs qu’une corde et un gibet ! Et quand bien même l’histoire ne donnerait pas cet enseignement, est-ce que l’exemple de tous les siècles peut être invoqué contre la vérité qui est éternelle et imprescriptible ? Ah ! la peine capitale n’est pas le seul débris que nous ait laissé un passé ténébreux, et dont la civilisation et le progrès modernes se défont péniblement, pas à pas. La somme des erreurs transmises de siècle en siècle est immense ; quelques vérités surnagent à peine, et l’on vient parler des enseignements du passé ! !…