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LA VALLÉE

Loin de moi de vouloir faire une comparaison, même lointaine, entre la vallée de la Matapédia et les autres régions fertiles de notre province qui appellent également l’invasion et la conquête de nos colons. Non, certes ; ces sortes de comparaisons sont détestables et nuisibles ; mais, puisqu’il s’agit aujourd’hui de la vallée de la Matapédia, faisons-en simplement une rapide esquisse qui ne nuira en rien aux régions du Lac Saint-Jean, du Témiscamingue, de la Beauce, de la Rouge et de la Lièvre, réputées les plus fertiles et les plus attrayantes du pays.

On ne s’imagine pas ce que c’est que la vallée de la Matapédia quand on ne l’a pas vue. Les rapports les plus exacts et les plus consciencieux ne sauraient revêtir les attraits de cette région pour en charmer le lecteur.

Comme je l’ai indiqué, dans le corps de cet opuscule, les régions réunies de la Matapédia et du Témiscouata forment un plateau d’une étendue beaucoup plus grande que je ne l’avais supposé d’abord, et qui ne contient pas moins de deux millions d’acres d’un sol sans égal. Et nulle part de côtes le long de la grande route qui suit tout le cours de la rivière, d’une extrémité à l’autre. Cette route est si belle, si unie, si planche que l’on dirait une large raie de velours sur laquelle glissent les voitures avec une allure uniforme et cadencée. Les montagnes de la région ne sont que des coteaux élevés, d’une grande variété d’aspects et couverts de terre végétale. La Matapédia n’est pas un pays de montagnes, mais un pays extrêmement mamelonné, coupé de gorges et de ravines, et se présentant au regard comme une mer de vagues de terre qui se déroule à l’infini vers un horizon inaccessible. C’est à peine si, ça et là, sur tout ce long parcours, on