Page:Buies - Le Saguenay et le bassin du Lac St-Jean, 1896.djvu/111

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qui s’était engagé à fournir aux chantiers les provisions nécessaires. En échange, il recevait les madriers tirés des billots que les sociétaires faisaient durant l’hiver, qu’ils sciaient ensuite durant, l’été et qu’ils mettaient enfin à bord des navires envoyés par M. William Price. Mais, à la suite des pertes énormes souffertes depuis deux ans, la société était endettée envers M.  Price, ce qui découragea tellement le plus grand nombre des actionnaires qu’ils vendirent leurs parts à ce dernier. M. Price, du reste, ne devait pas tarder à devenir acquéreur de toutes les actions de la compagnie.

Depuis quelque temps un fléau, plus terrible que les ravages des inondations et des feux, plus terrible que l’ouragan qui arrache, brise ou démolit sur place, plus terrible parce qu’il porte en lui non-seulement la ruine présente, mais encore la source de tous les maux à venir et de presque tous les crimes, nous voulons dire l’ivrognerie, la hideuse ivrognerie, avait fait son apparition parmi les travailleurs des chantiers. En vain le missionnaire Bourret avait-il combattu le fléau pied à pied, lui avait-il livré bataille dans chaque foyer et dans chaque âme… ; plus fort que les exhortations, que les prières et que le dévouement évangélique, l’horrible poison s’était glissé partout, avait infecté presque toutes les familles et plongeait dans toute espèce de désordres la petite colonie dont le travail avait été jusque-là l’encouragement et le salut.

Il ne se passait pas de jour que les hommes ne