Page:Buies - Le Saguenay et le bassin du Lac St-Jean, 1896.djvu/336

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l’immense domaine que nous leur aurons transmis ait été arraché au désert, aux savanes, aux landes sauvages et aux steppes incultes.


III


IGNORANCE — PRÉJUGÉS — DÉFIANCES


Qui ne se rappelle l’explosion d’incrédulité et de plaisanteries qui accueillit, il n’y a guère plus de vingt ans, la première mention d’une voie ferrée an nord de Québec, dans la direction de cette contrée encore fabuleuse qu’on appelait mystérieusement la vallée du lac Saint-Jean ? Comment ! s’écriait-on, vous voulez faire un chemin de fer à travers les Laurentides, vers une région qu’on ne connaît même pas et qui, du reste, est inabordable ! Un chemin de fer de ce côté ! Mais pour qui, pour quoi ? On n’en a pas seulement un sur la rive nord entre Québec et Montréal ! Sur la rive sud même, qui est beaucoup plus accessible cependant et plus peuplée que la rive opposée, les trains circulent si difficilement l’hiver qu’on n’ose pas s’y aventurer à la moindre menace de tempête de neige, et vous voulez construire un chemin de fer en plein septentrion, dans un pays où les caribous, ses hôtes mêmes, ses familiers, ont peine à courir, où les orignaux, les trois quarts du temps empêtrés dans la neige, ne peuvent pas faire cent pas sans perdre haleine, où les pêcheurs à la truite, pourtant les plus hardis des hommes, n’osent pas se risquer à une distance moins que respectueuse du dernier village connu,