Page:Buies - Le Saguenay et le bassin du Lac St-Jean, 1896.djvu/366

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Je voudrais bien connaître l’origine des noms de tous ces lacs, afin de régaler mes lecteurs d’un plat d’érudition sauvage ; mais cela est impossible. Ces noms ont été donnés par le premier venu, tantôt par un simple chasseur ou par un pêcheur encore plus simple, tantôt par un arpenteur fatigué qui étire ses muscles sur le bord de l’un d’eux, et qui l’appelle par conséquent lac Long, ou bien, qui s’est endormi en rond de chat, et qui l’appellera lac Rond (il y a à peu près une vingtaine de lacs Long et de lacs Rond dans toute la province, mais je crois tout de même qu’il y a plus de lacs Rond.)

Pendant longtemps j’avais cru que le nom d’Édouard, donné au grand lac que nous venons de mentionner, avait été comme une sorte d’hommage fait au prince de Galles, et quoique cette opinion fût assez accréditée, je n’étais pas bien sûr du fait, et mon imagination est si facile à troubler que j’en éprouvais une perturbation véritable dans mon for intérieur. Enfin, en parcourant le rapport insipide de l’exploration de 1878, je trouvai ce même nom d’Édouard donné au lac, et, de plus, son origine, attribuée à un simple chasseur indien de Batiscan, qui avait l’insigne honneur de s’appeler Édouard, lui aussi, tout comme le prince de Galles. Dès lors, je fus heureux. Savoir que le lac Édouard tire son nom d’un chasseur indien de Batiscan, quel bonheur ! Ô beauté des découvertes ! Ô volupté de l’érudition !

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