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québec en 1900

de nous jusqu’au cœur de la ville. C’est en partie les propriétés de main-morte qui barrent le chemin ; c’est surtout le gouvernement militaire qui nous tient partout, à la tête, à la gorge, aux reins et aux jambes, et sans la permission duquel nous ne pouvons ni nous retourner ni avancer d’aucun côté ; enfin, c’est l’inertie d’un grand nombre, leur répugnance pour tout ce qui transforme les aspects auxquels ils sont habitués et qui leur fait aisément confondre l’amour des monuments, des traditions dignes d’être conservées et des souvenirs historiques ayant une valeur et une signification réelles, avec des choses absolument indifférentes comme institutions ou comme constructions, avec ces vestiges encombrants du passé auxquels ne se rattache ni prestige, ni tradition, et qui sont aujourd’hui de simples obstacles, sans aucune raison d’être ni justification possible.

Ainsi, nous sommes enserrés d’abord par les remparts, premier cercle ; après les remparts, par les glacis, et enfin, moins d’un mille plus loin, par les barrières.

À peine est-on sorti de l’enceinte de la ville par une suite de manœuvres adroites, mais lentes, que l’on tombe le nez sur les barrières ; les barrières vous arrêtent et vous coupent le chemin au moment où vous commencez à humer l’air pur de la campagne. Ce sont des monuments, aussi, je suppose, les barrières ? Il faut payer un tribut pour les franchir, par dessus le marché. Connaissez-vous rien de plus odieux que de ne pouvoir faire deux pas en dehors de la ville sans payer dix-huit sous ? Connaissez-vous une imposition plus vexatoire, plus intolérable que celle-là ?