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récits de voyages

réfugié, et faire frissonner le serpent de mer, dont on n’a pu voir encore que la tête, longue de 190 pieds, et dont la queue bat sans doute quelque rivage inhospitalier, dans un hémisphère différent du nôtre. La chaleur était vive, mais pas lourde, et l’atmosphère échauffée ne portait pas en elle cette pesanteur qui accable et énerve durant les jours caniculaires. Un bataillon de goëlands, qui nous avait suivis depuis notre départ, du Sault, continuait à dessiner derrière nous les longs zigzags de son vol, tantôt se précipitant avec ensemble sur les rebuts des repas qu’on leur jetait, en agitant leurs ailes sur les flots assoupis, tantôt s’élevant dans l’air comme des flèches rapides, pour redescendre l’instant d’après ailes déployées et immobiles, jusqu’au ras du lac, en lissant sur sa large croupe leurs longues et soyeuses fales blanches.

Debout sur le pont supérieur du steamer, étage aérien interdit aux passagers, mais que les passagers peu scrupuleux escaladent sans remords, je contemplais toute cette scène muette et vivante à la fois, essayant de sonder l’impénétrable, me