Page:Buies - Récits de voyages, 1890.djvu/135

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
139
à travers les laurentides

énorme camarade de lit, au poil touffu et grisâtre, semblable, pour la forme et pour la mâchoire abondamment garnie, aux loups des pays boisés de la France.

« Pour comble de bonheur, j’avais établi mon lit au pied d’une horloge de campagne, nouvellement réparée, dont le balancier marquait la mesure d’une façon désespérante. Ce métronome assourdissant, l’odeur nauséabonde qui s’exhalait de toutes parts, et la chaleur suffocante de l’air raréfié me tinrent fort longtemps éveillé. Je finis pourtant par céder au sommeil, et je fis un rêve atroce, qui représentait à mes sens abusés la chambre peuplée d’horloges, toutes fumant et crachant de leur mieux, tandis qu’un Peau-Rouge, d’une taille herculéenne, marquait la mesure du temps sur un timbre colossal.

« Le capitaine Mac-Lean n’avait point fait la petite maîtresse comme moi ; il s’était endormi en vrai soldat et n’avait pas cessé de subir l’influence somnifère de la fatigue.

« Dès que parurent les premiers rayons du jour, tout le monde fut sur pied, et les Indiens se hâtèrent de placer dans leurs tobogins nos bouilloires et nos effets de voyage. Le tobogin des Canadiens est un petit traîneau fait à l’aide de planches presque aussi minces que l’écorce des arbres, et façonné sur le devant comme la proue d’un navire. Les voyageurs chargent modérément ces allèges terrestres, et, à l’aide d’une courroie passée à l’épaule, ils traînent ainsi sur la neige, sans trop se fatiguer, le véhicule et les paquets qu’il contient. »