Page:Buies - Récits de voyages, 1890.djvu/137

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
141
à travers les laurentides

posés les premiers rails d’acier sur ce sol si voisin, et pourtant jusque là encore si éloigné de nous ; et leur population réunie s’élève à près de vingt mille âmes, malgré la désertion de bien des foyers alors que ravageait, avec une fureur impossible à combattre, ce fléau de dépopulation qui a jeté tant de familles canadiennes dans les manufactures des États-Unis. Jusqu’à vingt-cinq lieues dans l’intérieur, le long des rivières Jacques-Cartier, Sainte-Anne et Batiscan, sans compter leurs petits affluents, nombre de cantons nouveaux, qui hier encore avaient à peine un nom, s’étendent sous le regard dans tous les sens, et les fumées de vingt villages naissants s’élèvent dans le ciel éblouissant de l’hiver, pour attester qu’il y avait autre chose au nord de Québec que des steppes incultes ou des forêts impénétrables, que ne devaient jamais fouler d’autres pieds que ceux de l’élan, du caribou et de l’Indien s’élançant à leur poursuite. En maint endroit a cédé, sous les coups redoublés du colon, l’épaisse muraille, hérissée et flottante des forêts ; les solitudes farouches et ténébreuses ont reculé petit à petit à l’aspect de l’homme, armé de la terrible hache du défricheur ; et ces mêmes bois, et ces montagnes, et