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récits de voyages

Tout le nord, entre Saint-Raymond et le lac Saint-Jean était donc un pays inhabité, regardé comme inhabitable, réservé uniquement aux chasseurs du grand orignal, aux cornes longues comme des sapins et au muffle succulent, dont on peut faire un potage bien autrement exquis que celui que l’on fabrique avec la tortue verte des mer du Sud ; aux chasseurs du noble caribou, ce roi de nos forêts, ce dandy des montagnes, svelte, élégant, gracieux, courant dans les clairières des bois, le long des lacs et des précipices, comme on danse un galop, avec des jambes presque aussi minces et beaucoup plus fines que celles de bien des danseurs, qui ne se laisse jamais prendre qu’avec des précautions infinies et une astuce raffinée, qui se défend souvent avec fureur lorsqu’il est blessé, et dont l’ouïe est si délicate que les chasseurs sont obligés, pour arriver près de lui, d’ôter leurs raquettes et de marcher en quelque sorte à plat ventre dans la neige, en se dissimulant comme une motion de non-confiance ; aux chasseurs du castor, ce pré-