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tre part, l’État a trop souvent et trop sincèrement réclamé la collaboration de la famille à l’œuvre scolaire pour réprouver sa sollicitude et même son contrôle ».

L’on affirme au même endroit, sans hésitation aucune, ce principe que « des garanties doivent être accordées « aux pères de famille en vue de leur permettre d’obtenir réparation des fautes commises par les membres de l’enseignement public dans l’exercice de leurs fonctions ».

Maintien d’une neutralité absolue ; respect des croyances des parents et de leurs sentiments intimes, ainsi que de la conscience des enfants ; protection efficace contre toutes les entreprises des maîtres qui manqueraient à ce respect ou violeraient cette neutralité : tels sont les engagements de la loi vis-à-vis des familles.

Ces engagements ont-ils été toujours tenus dans le passé ? Non.

Les nouveaux projets de loi, s’ils venaient à être votés, aideraient-ils à leur faire mieux honneur à l’avenir ? Moins encore.

La neutralité scolaire a deux ennemis : le livre et la parole. Le livre, qui attaque plus ou moins ouvertement la foi chrétienne ; la leçon orale, qui peut être agressive lors même que le livre de classe est irréprochable, et dont les excès deviennent facilement pires.

Quel a été jusqu’ici le recours légal contre les abus de la parole et du livre ?

« En ce qui concerne le choix des livres » est-il dit dans l’exposé des motifs du premier des deux projets qui nous occupent ici, « toutes les précautions ont été prises pour rassurer les familles ».

Pères de famille, lisez le dispositif de ces précautions dans l’arrêté organique du 18 Janvier 1887 : vous y verrez que celui d’entre vous dont la conscience aurait été blessée par le texte d’un manuel scolaire imposé à son enfant, pourra porter plainte devant les « autorités compétentes », et même saisir de l’affaire le Ministre de l’Instruction publique.

Or, prenez garde que les « autorités compétentes » auxquelles vous aurez dû vous adresser sont celles-là mêmes qui ont approuvé l’insertion, au catalogue des livres scolaires, du manuel qui alarme votre conscience. Quelle chance y a-t-il que ces « autorités » se déjugent elles-mêmes, en reconnaissant le bien-fondé de votre plainte ? Et quand l’affaire lui sera portée, est-ce que le Ministre de l’Instruction publique prendra fait et cause pour le père de famille ? Comment oser l’espérer ? Nous n’avons pas à chercher bien loin de quoi justifier nos doutes et nos