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inquiétudes. En effet, dans l’exposé des motifs du projet de loi déposé le 25 Juin, il est rappelé que des livres scolaires ont été frappés d’interdiction par les Semaines religieuses, et il y est affirmé que cette proscription est l’œuvre d’un « sectarisme étroit », qu’« elle atteint moins des livres ouvertement hostiles aux croyances religieuses que des ouvrages simplement empreints de large libéralisme et de tolérance éclairée, et faisant appel à la raison et au libre examen ». C’est de la sorte que M. le Ministre de l’instruction publique tranche le débat. Cependant, parmi ces ouvrages, il en est qui battent en brèche tout une suite des dogmes du Credo, sans en excepter l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. Quelle preuve meilleure pourrait-on souhaiter de ce qu’il y a d’illusoire dans le moyen fourni par la loi aux pères de famille pour exclure de l’école les livres opposés à la religion ?

Êtes-vous mieux protégés contre les écarts de la parole ?

À s’en tenir aux termes de la loi scolaire, il semble que non.

L’exposé des motifs auquel nous continuons de nous référer, rappelle que l’instituteur demeure « responsable » de son enseignement devant les autorités scolaires » et qu’« il appartient à celles-ci de prendre les mesures édictées par les règlements à l’égard des maîtres qui, oublieux de la réserve imposée par leurs fonctions, porteraient atteinte à la liberté de conscience de leurs élèves ». Si donc le père de famille croit avoir des griefs relatifs à l’enseignement oral qui est distribué à ses fils, qu’il les soumette aux « autorités dont le devoir est d’examiner les réclamations de cet ordre et d’en faire justice ».

Fort bien ! Mais ainsi qu’il leur arrive de ne voir que « large libéralisme » et « tolérance éclairée » dans les ouvrages contraires à la foi chrétienne, les « autorités constituées pour sauvegarder la neutralité scolaire » pourront bien qualifier de largement libérales et de simplement raisonnables des opinions destructives de toute vie religieuse ou attentatoires aux sentiments intimes des parents. Une connaissance même superficielle de l’histoire contemporaine autorise à prétendre que le cas n’est pas chimérique. De nouveau, la juste protestation du père de famille sera en pure perte ; pas plus contre la parole que contre le livre il ne réussira à défendre son enfant.

Quel conflit douloureux ! L’enseignement scolaire disputant au père l’âme du fils ; niant, méprisant, combattant ce que le père croit et adore, et, d’autre part, le père obligé d’envoyer