Page:Burnouf - Introduction à l’histoire du bouddhisme indien.djvu/530

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substituant aux Vêdas brâhmaniques un Çastra ou recueil sacré qui est devenu leur livre fondamental, se rapprochent par ce point important des Buddhistes qui, comme on sait, rejettent l’autorité des Vêdas[1]. Il cherche ensuite dans la tendance que les sectes çivaïtes manifestent pour la pratique exagérée de la méditation une analogie secrète avec le Buddhisme ; mais comme si cette dernière preuve qu’on pourrait faire valoir en faveur de la plupart des autres sectes indiennes ne le satisfaisait pas lui-même, il suppose que les Buddhistes et les Çivaïtes ont pu se trouver rapprochés moins par le fonds de la doctrine que par les circonstances extérieures, en d’autres termes, que le Çivaïsme était plus florissant que le Vichṇuvisme dans les provinces et à l’époque où le Buddhisme fit alliance avec lui.

Cette discussion est, comme tout ce qu’on doit à la plume de M. de Humboldt, pleine d’observations instructives ; la solution même à laquelle il semble s’arrêter, puisqu’il l’expose la dernière, est encore la plus probable de toutes. Aussi est-ce moins sur le résultat que sur la manière un peu vague dont il est obtenu que j’oserais faire quelques objections. Je trouve que si jamais il fut nécessaire de distinguer nettement les monuments et les époques, c’est dans une question aussi complexe que celle des rapports du Buddhisme avec le Çivaïsme ; on va voir que là surtout il est indispensable de savoir bien précisément de quelle chose on parle.

Qu’entend-on par l’alliance du Buddhisme et du Çivaïsme ? Veut-on parler d’une de ces fusions intimes de deux ou de plusieurs sectes, comme l’histoire religieuse de l’Inde nous en offre tant d’exemples[2] ? A-t-on en vue d’assimiler cette union des croyances buddhiques et des pratiques du plus grossier Çivaïsme avec le syncrétisme facile de plusieurs Vichṇuvites, qui prenant de toutes mains, font des éléments les plus hétérogènes un amalgame qu’ils décorent du nom de Religion ? Je ne crois pas qu’on puisse penser à rien de semblable quand il s’agit du Buddhisme et du Çivaïsme. Qu’on lise par exemple le traité Tantrika que M. Wilson a extrait et commenté dans les Recherches asiatiques du Bengale, et on reconnaîtra qu’il consiste en une série de formules et de cérémonies propres aux Çivaïtes qu’un Buddhiste népâlais met en pratique dans un but tout temporel. Ce que M. Wilson a prouvé touchant ce traité peut également se dire de tous ceux que j’ai parcourus en manuscrit. Ce sont ou de véritables Tantras çivaïtes, dans lesquels les cérémonies propres aux adorateurs de Çiva sont décrites et recommandées au nom du dernier Buddha, ou des ouvrages dits Mahâyâna sûtras, à cause de leur forme et de leur ten-

  1. Ueber die Kawi-Sprache, t. I, p. 285 et 286.
  2. Wilson, Notice of three tracts, etc., dans Asiat. Res., t. XVI, p. 450 et 451.