Page:Burnouf - Introduction à l’histoire du bouddhisme indien.djvu/531

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dance, ouvrages dans lesquels des Divinités le plus souvent çivaïtes apparaissent pour promettre au fidèle Buddhiste leur protection souveraine. Voilà, en termes très-généraux, ce qu’on rencontre dans les Tantras sanscrits du Népâl, c’est-à-dire dans ceux des livres buddhiques où le nom de Çâkya se trouve mêlé à celui de Çiva et aux noms des Dieux terribles ou bizarres qui marchent à sa suite.

Mais quelque générale que soit cette description, elle nous met déjà en possession de deux points fort importants pour la suite de nos recherches. D’abord elle part, comme on le voit, des données admises par M. de Humboldt, aux yeux de qui l’alliance du Buddhisme avec le Çivaïsme ne se montre bien clairement que dans l’état actuel de la Religion du Népâl ; en même temps, comme elle embrasse le Suvarṇa prabhâsa et les autres grands traités du même genre, elle nous ramène à une autre observation de M. Schmidt que M. de Humboldt semble avoir perdue de vue, et sur laquelle nous nous arrêterons tout à l’heure.

Voyons donc quelles conséquences résultent de notre description. La première, c’est qu’il n’y a pas fusion complète du Çivaïsme et du Buddhisme, mais qu’il y a seulement une pratique de diverses cérémonies et une adoration de diverses Divinités çivaïtes par des Buddhistes qui paraissent peu s’inquiéter de la discordance qui existe entre leur foi ancienne et leurs superstitions nouvelles. Cela est si vrai, que la philosophie la plus abstraite reste entière au milieu des formules magiques, des diagrammes et des gesticulations des Tantras. Ce sont donc des Buddhistes qui, tout en gardant leurs croyances et leur philosophie, consentent à pratiquer certains rites çivaïtes qui leur promettent le bonheur en ce monde, et en reportent l’origine jusqu’à Çâkyamuni, afin de les autoriser davantage ; ou si l’on veut, ce sont des Çivaïtes qui, pour donner créance à leurs innovations auprès d’un peuple Buddhiste, se résignent à croire que Çâkyamuni, l’apôtre du peuple, a été l’instituteur de leurs rites. La première supposition me paraît la plus vraisemblable, et on verra par l’esquisse historique du Buddhisme qu’elle s’accorde mieux avec les résultats des recherches de M. Wilson sur l’introduction des Tantras au Népâl, qu’il place entre le viie et le XIIe siècle de notre ère. Cette union des croyances fondamentales du Buddhisme avec les pratiques d’un Çivaïsme barbare existe actuellement au Népâl, et c’est en ce sens que je regarde les Tantras qui la recommandent comme modernes. D’ailleurs la qualification de moderne est à mes yeux relative ; j’entends dire par là que l’état religieux auquel elle s’applique est postérieur à un autre état dont il nous est possible de constater l’existence.