Page:Cérésole - En vue de l’Himalaya.djvu/130

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Je suis resté longuement, ce matin, au coin sud-ouest de notre village, le premier occupé ; cinquante maisons en construction ; cinquante petites maisons, c’est déjà toute une fourmilière, et le spectacle est infiniment pittoresque et réjouissant. J’ai pensé à tous nos amis et j’ai multiplié par cent et davantage le plaisir du spectacle en me figurant que je « regardais » cela de toute ma force pour vous tous, pour vous qui avez suivi notre effort avec tant de sympathie, avec l’ardent espoir que nous réussirions, que tout irait bien, qu’il n’y aurait ni déboire, ni catastrophe. Eh bien nous y voilà ! Il faut que j’essaie de vous faire voir ça, chers amis, avec l’éloquence du monsieur qui, à la « radio » vous décrit des choses lointaines, mais comptant aussi sur une autre radio bien plus puissante et subtile que de vulgaires ondes électro-magnétiques : l’affection, la sympathie, « la volonté irréductible que tout aille bien » et la certitude que tout ira bien tôt ou tard si nous « tenons » paisiblement, comptant sur l’ « Éternel ».

Me voilà donc posé sur notre grand chemin à l’angle sud-ouest, à l’endroit où ma grande avenue oblique (celle dont j’étais si fier, pour rompre la monotonie de l’échiquier) rejoint le chemin de « Rape-Roupi » le village voisin. Notre grand chemin qui est, pour dire la stricte vérité, une rivière d’épaisse, de magnifique, de rutilante poussière, broyée par nos charrois, — somptueux chariots à bœufs et camion-automobile, — avec deux ornières formidables ; à droite du chemin — de l’avenue oblique — en regardant vers le village, se trouve la rigole de un pied de profond sur deux de large que j’ai « höchsteigenhändig » [1] creusée avec d’infinies transpirations, pour apprendre à mesurer exactement ce que

  1. De ma propre main.