Page:Cahiers du Cercle Proudhon, cahier 5-6, 1912.djvu/79

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avons eu des excuses : l’ardeur de la lutte ! la crainte de voir nos œuvres désertées, que sais-je ? Les exemples de cette méthode sont nombreux et je n’ai que l’embarras du choix :

Les œuvres de nos adversaires sont gratuites. Leurs écoles, leurs patronages déchargent les parents de toute coopération pécuniaire, les empêchent par conséquent de participer à ces œuvres dont leurs enfants sont bénéficiaires, les mettent de côté sous couleur de charité, ou plutôt, de solidarité. — N’avons-nous pas, nous aussi, en réponse, ouvert des écoles gratuites, organisé des Patronages, des Colonies de vacances gratuites ? Nous avons cherché beaucoup d’argent pour éviter aux parents de nous en donner et pour lutter avec avantage sur le terrain de la gratuité. Ah ! la gratuité, quel puissant et triste moyen pour rendre les parents exploiteurs, les empêcher de remplir leur rôle en les déchargeant de leurs enfants !

Les œuvres de nos adversaires sont toutes organisées en vue de satisfaire le, désir de jouir. Ce ne sont que sorties, réceptions, fêtes de toutes sortes. La vie de ces œuvres est toute factice : point de traditions, point de vie familiale, intime et sérieuse. Là encore, n’avons-nous pas répondu par un effort semblable ? Faire plaisir aux enfants, aux jeunes gens, les distraire, les amuser plus que dans l’œuvre concurrente, leur donner tous les plaisirs qu’ils demandent et qu’on leur donne à côté, afin de les garder, n’est-ce pas une partie de notre programme ? Programme qui n’est pas avoué, qui n’est pas imprimé, qui n’en est pas moins réel. La vie de l’œuvre se passe à peu près complètement à préparer des fêtes, des concours ou des matches, et une fois faits, à vivre de leur souvenir, à en préparer d’autres. Cette méthode, car c’en est une dans certaines œuvres, ne donne aux jeunes gens ni abnégation, ni esprit de sacrifice : elle les dégoûte de la vie simple et modeste et les pousse, au nom de la religion, dans le tourbillon qui entraîne tout le monde au plaisir.

… Regardez ce jeune homme de Patronage. Il est chrétien, juste assez pour ne pas se faire renvoyer d’une œuvre où l’on n’exige cependant que le strict nécessaire. Ecoutez ses conversations : ce sont celles de ses camarades de bureau ; elles vous feront rougir. L’abnégation, l’esprit de sacrifice lui sont inconnus. Ah ! pardon, il remplira volontiers une fonction honorifique dans l’œuvre, pourvu qu’on lui fasse un petit piédestal. Du courage pour défendre sa foi, pour se ranger aux côtés de ceux qui luttent, par leur exemple et leurs actes, pour les droits de Dieu et de l’Eglise, il n’en a pas. Il n’y du reste jamais songé. Mais c’est un habitué du café voisin de l’œuvre et il vient régulièrement y terminer la partie de billard commencée au Cercle. C’eat, du reste, un très bon acteur qui a obtenu un succès de fou rire dans la dernière comédie où il a accepté un rôle, par dévouement, a dit le compte rendu. S’il ne brille pas sur la scène, il est un des meilleurs joueurs de football et son nom paraît dans les journaux. Peut-être même est-il champion en gymnastique, très fier de ses biceps et de son agilité : en ce cas, sa vulgarité sera plus accusée encore. Ses camarades l’admirent, les plus jeunes surtout, et cherchent à lui ressembler. Et cependant, lorsqu’il a fait sa première communion, c’était un bon enfant, bien disposé. Aujourd’hui, il n’a point de valeur, car il n’a point de vie chrétienne. S’it n’est pas déjà un scandale par sa conduite, il le sera bientôt. En tout cas, il ne peut fonder plus tard qu’une triste famille. L’œuvre ne lui a pas fait de bien ; elle lui a fait du mal !