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LES BELLINI.

Le nom de Giovanni Bellini s’associe dans l’esprit avec l’image de la Vierge. Aucun peintre n’a peut-être varie davantage l’éternel motif de la Madone et de l’Enfant. Tantôt elle apparaît isolée, en demi-figure, debout devant une balustrade, suivant la donnée employée par Jacopo, avec, pour fond, le ciel, un lointain de paysage ou un écran d’étoffe présentant fréquemment, à droite et à gauche, des échappées sur la campagne. Tantôt elle trône, dans toute sa gloire, au fond d’une abside, sous une coupole de mosaïques, au milieu d’une cour de saints, tandis que des anges musiciens s’évertuent sous ses pieds. Tantôt elle est la Vierge timide et humble, éblouie par le miracle de sa Conception, d’un type incertain, fortement idéalisé ; tantôt elle est la Femme, dans l’orgueil serein de son humaine maternité, le regard décidé, la tête haute, ayant, avec quelque modèle de l’époque, une ressemblance nettement accusée.

Cette prédilection pour le tableau d’autel distingue Giovanni des autres membres de sa famille. Il se rapproche par là de la tradition ecclésiastique des Vivarini. Mais Alvise Vivarini, de son côté, abandonne, en partie, cette tradition pour suivre les traces de son heureux rival. Ainsi s’abolit, dans leurs derniers représentants, la différence profonde qui existait jadis entre les deux familles.

Le groupe de Madones assignées à cette époque, représenté par la Madone de la collection Johnson (Philadelphie), par la Madone Frizzoni (Milan, p. 81) et par la Madone de la collection Davis (Newport), décèlent égale-