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LES BELLINI.

quée dans le Sang du Rédempteur et dans la Madone de Murano — représente le Paradis. Les enfants symbolisent les âmes qui se nourrissent des fruits de l’Arbre de Vie (le Christ). La Vierge, assise sous le traditionnel cep de vigne ; deux saintes (dont l’une est peut-être une vertu, la Justice), saint Paul, saint Pierre (près de la porte ouverte), saint Job et saint Sébastien assistent à leurs ébats. Le lac, dans lequel se reflètent les collines voisines, est le Léthé dont, suivant Dante, les eaux purifient l’âme de ses péchés. La scène, à l’arrière-plan à droite, représente une légende de la vie des ermites dans le désert : comment saint Antoine, allant visiter saint Paul l’Ermite, rencontra un centaure qui lui indiqua le chemin. Le village, à gauche, indique la vie humaine et ses patients labeurs (symbolisés par l’âne).

La correspondance d’Isabelle de Gonzague avec son agent Vianello et avec le cardinal Pietro Bembo montre clairement à quelles pressantes sollicitations Giovanni était en butte de la part de sa clientèle aristocratique, férue de mythologie. C’est sans doute pour la contenter qu’il créa cette Allégorie, ainsi que la série de cinq panneaux, actuellement à l’Académie de Venise. Le symbolisme en est purement médiéval, mais il se traduit par les formes et les couleurs les plus nobles et les plus brillantes qu’ait créées la Renaissance. Ces œuvres, uniques à cette époque, marquent, dans l’esprit de l’artiste, un deuxième « retour en arrière », analogue à celui que caractérise la Madone de la Brera. Elles révèlent un côté imprévu et touchant de ce génie