Page:Caouette - Le vieux muet ou un Héros de Châteauguay, 1901.djvu/33

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que la Châtigny fit glisser prestement dans sa bourse. Puis, prenant un paquet de cartes, la sorcière se met à les aligner lentement sur la table.

Après les avoir examinées attentivement, elle risque ces mots : « Une femme brune vous aime tendrement. »

— Oui, je le crois, soupire le bonhomme, en pensant à sa vieille épouse !

— J’y suis, se dit en elle-même la tireuse de cartes ; c’est un veuf qui songe à convoler en secondes noces. Et tout haut, elle ajoute ; « Vous allez l’épouser prochainement. »

— Mais ! vous êtes une sorcière ! s’écrie le père Latourelle, pensant toujours à sa femme, car je dois fêter mes noces d’or dans deux semaines !

— Ha ! se dit la Châtigny, il n’est pas veuf… Il faut chercher autre chose.

— Monsieur, vous avez un ennemi !

— Ça, c’est encore vrai ! cet ennemi n’est autre que Joachim Bédard, qui m’en veut parce que je lui ai conseillé de ne pas se risquer sur l’eau, dimanche dernier, à l’approche de la tempête.

Ces dernières paroles jettent la tireuse de cartes dans le ravissement. Car elle avait entendu raconter, par le menu, le sauvetage émouvant que le vieux muet avait opéré sur la rivière Saint-Charles, et elle supposa que la