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les quatre fils aymon

rendaient le passage dangereux. Sa victoire imprévue était un motif fécond de chants poétiques et de légendes. De même son séjour dans les Ardennes où il s’était d’abord retiré en vaincu, prêtait à des développements sur les souffrances que lui et les siens y avaient endurées. Les moindres incidents suffisaient à l’imagination du barde germain et de ses successeurs gallo-francs pour édifier de longs chants de guerre. Mais un jour vint où l’on ne put comprendre que Charles, c’est-à-dire Charlemagne, puisqu’au second était appliquée toute la légende du premier, eût commencé par être un rebelle, et ce sont ses adversaires que la Chanson de geste nous montre cherchant un asile dans la forêt, y élevant une forteresse, attaquant dans sa marche l’armée du roi et ravageant, pour suffire à leurs besoins, tout le pays alentour.

Il me paraît donc certain qu’il y a dans cette partie des Fils Aymon un élément carolingien, mais je crois qu’il y est mêlé à d’autres éléments plus anciens.

Il est tout à fait étrange et contraire à ce respect des liens de parenté qui partout ailleurs domine les personnages et auquel Aymes lui-même cédera, quand, au siège de Montauban, il emploiera les machines de guerre du roi à lancer dans la place des provisions destinées à ses fils révoltés, il est absolument inexplicable quand on songe au rôle effacé d’Aymes dans tout le poème, que d’un coup il passe au premier plan, de sorte que la seule bataille livrée dans les Ardennes soit celle qu’il conduit contre ses fils. Le trouvère dit bien qu’il les a forjurés, mais Aymes, après le combat, est très près de reconnaître qu’il est allé au delà de son devoir. Son attitude envers eux demeure haineuse et outrageante, jusqu’au jour où ils quittent Dordonne avec Maugis. Sous la forme, adoucie à quelques égards, que la légende a prise, l’on entrevoit un père poursuivant avec acharnement ses fils dans les Ardennes.

La trahison d’Hervieux (Hielevius dans le ms. 775) forme un épisode considérable où l’on a quelque peine à ne voir qu’une invention d’un trouvère.

Ces deux premiers chants, pour parler comme Michelant, ou ces deux premières branches des Fils Aymon, doivent être examinés d’abord.

Dans sa forme actuelle, le Beuves d’Aigremont est le récit