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vii
DU CH. TAMBRONI

fèvre Giuliano. De là suivirent tant d’erreurs s et principalement celles répandues sur la peinture à l’huile. Je traiterai ce sujet plus tard.

Je crois que si l’écrit de Cennino n’a pas jusqu’ici vu la lumière, il faut l’attribuer au peu de cas qu’en fait Vasari, quand il dit : Ed in somma molli altri avvertimenti, de’quali non fa bisogno ragionare essendo oggi notissime tutte quelle cose, che costui ebbe per gran segreti e rarissime in que’tempi. Ce raisonnement, admis comme celui d’un auteur grave et sérieux, ôta le courage à tous ceux qui écrivirent ensuite sur la peinture.

Il faut excepter de cette façon d’agir deux littérateurs distingués, Bandini et Bottari. Le premier, dans son catalogue des manuscrits italiens de la bibliothèque Mediceo-Laurenziana, manifeste un vif désir de voir le manuscrit de Cennino examiné sérieusement, et il dit : Quum male compaçtus sit codex ac multa sécréta contineat non contemnenda, dignus est qui ab aliquo bonarum artium cultore diligenti examine perpendatur. Le second dit, dans ses notes sur les Vies des Peintres de Vasari, là où cet auteur, à propos d’Agnolo, parle de Cennino : « Ce serait une chose très-utile que ce livre sur l’art fût remis en lumière, pour nous qui avons sur l’art si peu d’écrivains en langue toscane, comparativement aux Grecs. »

Cette note de Bottari avait depuis longtemps éveillé en moi le désir de connaître cet ouvrage. J’espérais y trouver beaucoup d’éclaircissements sur la manière d’opérer de ces temps-là et sur la nature de leurs couleurs que nous voyons encore aujourd’hui si vives ; sujet de regrets pour nos peintres actuels qui ont laissé perdre la tradition des mélanges et la manière de les mettre en œuvre.

C’était pour moi un continuel sujet d’étonnement de voir, que parmi tant d’écrivains qui avaient défendu ou combattu le sentiment de Vasari, qui attribue à Jean de Bruges l’invention de la peinture à l’huile, après avoir dit que Cennino avait, dans son livre, donné les moyens de broyer les couleurs avec de l’huile,