Page:Cennino Cennini - Traité de la peinture, 1858.djvu/14

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
viii
PRÉFACE

que pas un de ces écrivains n’ait eu l’idée ou le désir de lire attentivement un manuscrit origine de tant de disputes.

Je ne serais pas loin de croire que Borghini ait connu l’œuvre de Cennino, bien qu’il ne fasse aucune mention ni de l’œuvre ni de l’auteur, et passe même sous silence la mémoire d’Agnolo Gaddi ; ce silence me paraît équivoque. En lisant son second volume del Riposo, j’ai trouvé copié mot à mot en bien des endroits l’écrit de Cennino, principalement lorsque celui-ci parle de la manière de dessiner avec un stylet d’argent sur tablettes, de l’os pour les blanchir, de la manière de faire les fusains, de teindre les papiers, de les faire transparents, des colles, de la peinture à fresque ou à tempera, et enfin des couleurs. Parmi les raisons qui me conduisirent à soupçonner chez lui quelque artifice, l’une fut de l’entendre parler du papier de coton qui n’était plus en usage de son temps, l’autre est son opinion sur le cinabrese : il dit qu’il se fait avec la sinopia, mais n’indique pas la nature de cette couleur et ne la range pas parmi les rouges obscurs. Il se trompe aussi sur le pourpre, qu’il qualifie d’excellente couleur rouge, tandis qu’elle signifie l’oro musiro. (Voir ma note au chap. clix du livre de Cennino.) Celui qui voudra confronter les deux ouvrages verra si je me suis trompé.

Baldinucci semble, il est vrai, avoir été sous l’impulsion d’Ant. Maria Salvini, comme il le déclare dans la vie citée de Cennino, un investigateur plus curieux dudit manuscrit. Car, outre la partie qu’en avait transcrit Vasari, il y joignit le titre et les dernières lignes de l’ouvrage. Il touche aussi légèrement la question de la peinture à l’huile, et transcrit une partie du chap. lxxxix pour démontrer que cet art était venu en Italie des Allemands. « J’entends, dit-il, par Allemands, aussi les Flamands. » Et de-là il examine deux autres passages du manuscrit : l’un sur le mot lapis amatito, et l’autre sur le mot aquarelle, auxquels il donne la préférence sur les mots amatito et aquarelli usités de son temps et depuis. Mais ou il n’eut pas connaissance entière et dissimula ce qu’il avait lu, pour ne pas contredire le Vasari, ou il cita le peu