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TRAITÉ DE LA PEINTURE

de Lucifer, qui, par malice, sagacité et tromperie, poussa au péché, contre le commandement de Dieu, Eve qui entraîna Adam. Dieu, irrité contre Adam, fit chasser lui et sa compagne par un ange qui leur dit : « Puisque vous avez désobéi au commandement que Dieu vous fit, allez parcourir une vie de peines et de fatigues. » Adam, que Dieu avait choisi pour notre père à tous, qu’il avait si noblement doué, reconnut sa faute et quitta l’idée de science pour en revenir au travail des mains qui fait vivre. Il prit la bêche, et Eve commença à filer. Plusieurs arts nés du besoin suivirent, tous différents l’un de l’autre. Celui-ci entraînant plus de science que celui-là, ils ne pouvaient tous être égaux ; car la science est la plus noble. Après elle en vient un qui lui doit son origine et la suit de près, il vient de la science et se forme par l’opération des mains. C’est un art que l’on désigne par le mot peindre ; il demande la fantaisie et l’habileté des mains ; il veut trouver des choses nouvelles cachées sous les formes connues de la nature, et les exprimer avec la main de manière à faire croire que ce qui n’est pas, soit. C’est donc avec raison qu’il mérite de siéger après la science au second rang couronné du nom de Poésie. La raison en est que si le poète, par son seul savoir, peut se sentir capable et libre de composer, de lier ensemble oui et non s’il lui plaît, selon son bon vouloir ; de même le peintre se sent libre et en puissance d’établir une figure debout, assise, moitié homme moitié cheval, s’il lui plaît, sous l’impulsion de sa fantaisie. Donc, je m’estimerai heureux de pouvoir servir à tous ceux qui se sentent les moyens, le savoir ou la capacité d’orner cette science principale de quelque joyau, et à ceux qui vaillamment et sans grand savoir se mettent en avant et offrent à la science le peu que