Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t1.djvu/70

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46 OEUYllES

se permît, même à la cour, de soupçonner su vertu. jMais, en abandonnant une justification trop difficile de nos jours, s'il est vrai que la décence dans les écrits augmente avec la licence des mœurs, bornons-nous à rappeler que La Fontaine donna dans ses contes le modèle de la narration badine ; et , puisque je me permets d'anticiper ici sur ce que je dois dire de son style et de son goût , ob- servons qu'il eut sur Pétrone , Machiavel et Bo- cace , malgré leur élégance et la pureté de leur langage , cette même supériorité que Boileau , dans sa dissertation sm* Joconde, lui donne sur l'Arioste lui-même. Et parmi ses successeurs , qui poinrait-on lui comparer? serait-ce ou Vergier, ou Grécourt , qui , dans la faiblesse de leur style, négligeant de racheter la liberté du genre par la décence de l'expression, oublient que les Grâces, pour être sans voile , ne sont pourtant pas sans pudeur ? ou Sénecé , estimable pour ne s'être pas trahie sur les traces de La Fontaine en lui demeu- lant inférieur? ou l'auteur de la Métr'omanie , dont l'originalité , souvent heureuse , paraît quel- quefois trop bizarre ? Non sans doute , et il faut remonter jusqu'au plus grand poète de notre âge; exception glorieuse à La Fontaine lui-même , et pour laquelle il désavouerait le sentiment qui lui dicta l'un de ses plus jolis vers :

L'or se peut part.iger ; mais non pas la louange.

OÙ existait a\ant lui , du moiiis au même degré ,

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