Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/113

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I02 OEUVRES

qu’on dît qu’ils assassinaient les rois. C’est l’or- gueil qui veut régner par la crainte sur la fai- blesse.

— Un célibataire, qu’on pressait de se marier, répondit plaisamment : a Je prie Dieu de me pré- server des femmes, aussi bien que je me préser- verai du mariage. «

— Un homme parlait du respect que mérite le public. « Oui, dit M...., le respect qu’il obtient de la prudence. Tout le monde méprise les haran- gères; cependant qui oserait risquer de les offenser en traversant la halle ? »

— Je demandais à M. R...., homme plein d’es- prit et de talens, pourquoi il ne s’était nullement montré dans la révolution de 1789; il me l’épon- dit : « C’est que, depuis trente ans, j’ai trouvé les hommes si méchans en particulier et pris un à un, que je n’ai osé espérer rien de bon d’eux, en public et pris collectivement. »

— « Il faut que ce qu’on appelle la police soit une chose bien terrible, disait plaisamment ma- dame de...., puisque les Anglais aiment mieux les voleurs et les assassins, et que les Turcs aiment mieux la peste. »

— « Ce qui rend le monde désagréable, me di- sait M, de L...., ce sont les fripons, et puis les honnêtes gens; de sorte que, pour que tout fut passable, il faudrait anéantir les uns et corriger les autres; il faudrait détruire l’enfer et récom- poser le paradis. »