Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/124

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DF CHAMFORT. I 1 3

— Une femme parlait emphatiquement de sa vertu, et ne voulait plus, disait-elle, entendre par- ler d’amour. Un homme d’esprit dit là-dessus : «A quoi hon toute cette forfanterie? ne peut-on pas trouver un amant sans dire cela? »

— Dans le temps de rassemblée des notables, un homme voulait faire parler le perroquet de madame de.... « Ne vous fatiguez pas, lui dit-elle, il n’ouvre jamais le bec. — Comment avez-vous un perroquet qui ne dit mot ? Ayez-en un qui dise au moins : Vive le roi! — Dieu m’en pré- serve, dit-elle : un perroquet disant vive le roi! je ne l’aurais plus; on en aurait fait un notable.»

— Un malheureux portier, à qui les enfans de son maître refusèrent de payer un legs de mille livres, qu’il pouvait réclamer par justice, me dit: «Voulez-vous, monsieur, que j’aille plaider con- tre les enfans d’un homme que j’ai servi vingt- cinq ans, et que je sers eux-mêmes depuis quinze?» Il se faisait, de leur injustice même, une raison d’être généreux à leur égard.

— On demandait à M pourquoi la nature

avait rendu l’amour indépendant de notre raison. « C’est, dit-il, parce que la nature ne songe qu’au maintien de l’espèce; et, pour la perpétuer, elle n’a que faire de notre sottise. Qu’étant ivre, je m’adresse à une servante de cabaret ou à une fille, le but de la nature peut-être aussi bien rempli, que si j’eusse obtenu Clarisse après deux ans de soins ; au lieu que ma raison me sauverait

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