Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/136

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DE ChAMFORT. I2D

duc d’A..., absent de la cour depuis plusieurs an- nées, revenu dans son gouvernement de Berri, allait à Versailles. Sa voiture versa et se rompit. 11 faisait un froid tres-aigu. On lui dit qu’il fallait deux heures pour la remettre en état. Il vit un relais, et demanda pour qui c’était: on lui dit que c’était pour l’archevêque de Reims qui allait à Versailles aussi. Il envoya ses gens devant lui, n’en réservant qu’un, auquel il recommanda de ne point paraître sans son ordre. L’archevêque ar- rive. Pendant qu’on attelait, le duc charge un des gens de l’archevêque de lui demander une place pour un honnête homme, dont la voiture vient de se briser, et qui est condamné à attendre deux heures qu’elle soit rétablie. Le domestique va et fait la commission. « Quel homme est-ce ? dit l’archevêque. Est-ce quelqu’un comme il faut ?

— Je le crois, monseigneur ; il aun air bien hon- nête. — Qu’appelles-tu bien honnête ? est-il bien mis ? — Monseigneur, simplement, mais bien. — A-t-il des gens? — INIonseigneur, je l’imagine. — Va-t-enle savoir. (Le domestisque va et revient). — INIonseigneur, il les a envoyés devant à Versailles.

— Ahl c’est quelque chose. jMais ce n’est pas tout. Demande-lui s’il est gentilhomme. ( Le laquais va et revient. ) — Oui, monseigneur, il est gen- tilhomme. — A la bonne heure : qu’il vienne, nous verrons ce que c’est. » Le duc arrive, salue. L’ar- chevêque fait un signe de tète, se range à peine pour faire une petite place dans sa voiture. Il voit