Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/216

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sieurs personnes y furent blessées. Un cavalier de Royal-Allemand fut tué d’un coup de pistolet par un médecin. Le cortège écarte enfin la troupe et continue sa route avec une ardeur nouvelle. On voulait se rendre aux Tuileries par la place Louis-xv. Là, commença l’exécution manifeste des projets hostiles de la cour contre les citoyens. Un détachement de dragons se précipite à coups de sabres sur l’innombrable multitude qui s’y était rassemblée pour voir passer les bustes de MM. Necker et d’Orléans. Le porteur de la première effigie fut tué, le buste mis en pièces : incident qui, dans les siècles où la superstition changeait tout en augure, serait devenu un présage menaçant pour la personne de M. Necker, ou du moins pour la durée de sa faveur populaire. François Pepin, qui portait l’effigie de M. d’Orléans, reçut un coup d’épée dans la poitrine, de la main de l’officier qui commandait le détachement, et fut encore atteint d’un coup de pistolet à la jambe gauche. Un garde-française fut tué par un dragon ; mais un soldat de la garde de Paris, qui avait vu d’où le coup partait, tua à son tour, d’un coup de fusil, le dragon, dont les dépouilles furent portées au Palais-Royal. Le cortège des patriotes, sans armes, étonné plus qu’effrayé de cette course à bride abattue, de ce cliquetis de sabres, de ces images brisées, de ce sang, de ces morts, fut forcé de se diviser. Une partie se porta vers le quai, une autre rebroussa chemin par le boulevard ; et ceux