Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/241

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tout ce qui traversait le boulevard, hommes, femmes, enfans, qui, dans la sécurité de la paix, se trouvaient exposés à des accidens réservés pour la guerre. Ces pandours brutaux eurent bientôt parcouru la longueur des boidevards, et arrivè- rent en peu de minutes vers la place de Louis xv, où M. de Lambesc les attendait.

Nous omettons quelques actes de violence, ou plutôt quelques assassinats commis dans cette même soirée, par des hussards et par des officiers de Royal- Allemand, sur des grenadiers des gardes- françaises, qui, pour réponse à la question du jour, êtes -vous pour le tiers-état? reçurent des coups de sabre ou de pistolet. Ces atrocités, qu’on apprenait d’un moment à l’autre, appelaient le peuple à la réunion de toutes ses forces contre des ennemis si barbares. La plupart furent punis sur-le-champ par ceux qui avaient pensé en être les victimes. Le peuple se précipitait sur le cou- pable au moment où il venait de tomber, et la figure d’homme disparaissait sous les coups dont l’accablait la fureur de la multitude. On portait ces restes hideux au Palais-Royal, devenu l’entre- pôt de ce commerce meurtrier entre les agens du ministère et leurs ennemis. Là, étaient le foyer de l’insurrection, le point de départ et de retour pour tous les projets, pour toutes les vengeances; et ce lieu, dans son étroite enceinte, offrit ar-x yeux, pendant plus d’un mois, ce qu’ont de plus terrible le crime et sa punition.