Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/244

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DE CHAMFORT. 233

potes, mais alors ébranlé partout et même dans les armées. On avait cru le raffermir et le fortifier parmi les soldats, en mettant à leur tète un maré- chal de France célèbre dans la guerre. M. de Bro- glio, désigné depuis long-temps comme un des généraux que la France opposerait le plus heu- reusement à ses ennemis étrangers, fut choisi pour s’opposer aux Français dans la guerre élevée entie eux et l’aristocratie féodale et sacer- dotale. Il eut sous ses ordres une véritable armée; on porte à plus de trente mille hommes le nom- bre des soldats qui environnaient Paris. C’était le parti le plus funeste que l’on pût faire prendre au monarque: aussi eut-on beaucoup de peine à l’y résoudre; et, pour y réussir, il avait fallu le rem- plir de fausses terreurs. On lui montra les trou- bles de Paris sous un aspect formidable, même pour sa personne; et ces troubles fareîit.le prétex- te dont on se servit pour arracher de lui l’ordre de faire venir ce grand nombre de régimens. On supposait que, plus ce nombre serait considé- rable, plus le péril paraîtrait grand au roi que l’on voulait tromper. On assure qu’en voyant le maréchal de Brogiio mandé de Lorraine, le roi en pleurs, se jetta dans ses bras, et lui dit : «Que je suis malheureux! J’ai tout perdu, je n’ai plus le cœur de mes sujets, et je suis sans finances et sans soldats. » Le roi se trompait sur le premier point : sa personne était aimée., Mais puisqu’il n’avait point de soldats, ce n’était donc point