Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/245

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


234 CœUVRES

d’eux qu’il fallait rien attendre; et d’ailleurs quand il en aurait eu, des soldats ne pouvaient rétablir ses finances; et l’appareil militaire qui menaçait Paris, n’aurait pu qu’affaiblir l’amour de ses sujets pour sa personne. Cet appareil était vraiment formidable : mais ce qui le rendit plus odieux, plus révoltant, ce fut ce grand nombre de trains d’artillerie, de bombes, de mortiers, et autres instrumens réservés à l’usage des sièges : attirail peu propre à persuader au peuple qu’on voulait seulement maintenir l’ordre et assurer la tranquillité publique, comme le disaient les minis- tres. Ces affreux détails étaient sans doute ignorés du roi; et les dépositaires de sa puissance lui cachaient avec soin l’usage qu’ils en faisaient. Nous sommes loin d’appuyer l’opinion alors admi- se, et qui n’est pas même encore détruite, qu’il s’agissait de bombarder Paris : c’est une idée que repousse l’excès de son invraisemblance, encore plus que son atrocité. Mais ce qui ne serait guère moins invraisemblable, si le fait ne l’eut démontré possible, c’est qu’il ait pu exister des ministres assez stupides pour ne pas voir qu’en promenant sous les yeux d’un peuple entier ces instruments de carnage et de destruction, ils ajoutaient déjà à sa force si redoutable, toute celle qu’il emprunterait de sa fureur. En ne supposant à cet appareil guerrier que l’inten- tion de la menace, comment ne sentaient-ils pas que cette menace était d’un genre à inspirer au-