Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/266

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DE CIIAMFORT. 2 55

tous avaient transporté, sur les maisons, aux balcons, aux fenêtres, des meubles, des ustensiles pesans, des bûches, et jusqu’aux pavés des rues : précautions inutiles, puisque, dès la nuit même, les régimens campés aux Champs-Elysées se re- tirèrent et disparurent.*

Telle fut cette journée qui s’annonçait d’une manière si formidable, qui commença la destruc- tion de l’ancien gouvernement et prépara la nais- sance du nouveau, qui vit s’élever tout-à-coup une ombre de puissaifte civile et de force militaire capables de remplacer celles qui venaient de dis- paraître- faibles appuis, frêles étais sans doute, mais qui heureusement suffirent à soutenir l’édi- fice social prêt à crouler. Paris, le matin livré aux brigands, compta le soir cent mille défenseurs. Le peuple se montra digne de la liberté : il en fit les actions, il en parla le langage. Même intrépi- dité, même patriotisme dans les arrêtés de tous les districts, de toutes les corporations; et quel- ques traits d’éloquence antique se firent remar- quer dans les discours de plus d’un orateur. Nombre de traits de vertu brillèrent parmi la classe d’hommes le plus opprimés, et que, par cette raison, on croyait le plus avilis. Un homme presque sans vêtemens avait sauvé un citoyen opulent d’un grand danger. Celui-ci le prie d’ac- cepter un écu. «Vous ne saVez donc pas, répondit le pauvre, qu’aujourd’hui l’argent ne sert plus à rien. En voulez- vous la preuve? qui veut cet écu?