Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/274

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1)F CIIAMFOUT. 1>63

de ces chefs était un jeune homme autrefois reçu par chai"ité dans la maison de ces religieux, et même traité par eux avec une indidgence pater- nelle. C’était le titre qu’il avait fait valoir auprès des brigands, pour être nommé par eux sous-clicf malgré sa jeunesse, et témoigner sa reconnais- sance à ses bienfaiteurs.

Telle fut, dans ce désastre, la pieuse simplicité de ( es bons pères, qu’au milieu de ce tumulte on en \’it quelques uns, (hms une des cours du cou- vent, montés sur des bornes et préchant l’amour de Dieu et du prochain au peuple qui s’était ras- sembé ; ils ne cessèrent leur sermon que lorsque les cris de joie, poussés par les brigands à l’ou- verture du coffre-fort, leur eurent enlevé tout leur auditoire et les eurent laissés seuls au milieu de la cour.

Midi était l’heure destinée au pillage de la cha- pelle de l’infirmerie. Les brigands s’y portèrent; et mêlant la dérision au sacrilège, ils revêtirent im d’entre eux de l’étole et du rochet, lui mirent dans les mains le ciboire, et marchant procession- nellement à sa suite, tenant des cierges alhunés, ils s’avancent vers l’église des Récollets ; i Is obligent tous les passans à s’agenouiller, craignant, di- saient-ils, d’être accusés d’irréligion. Des coureurs envoyés en avant ordonnent aux Récoliets de venir à la rencontre des bandits jusqu’à l’entrée delà rue Saint-Laurent. Là, ils remirent le ciboire à l’un des prêtres récollets et eu exigèrent impé-