Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/282

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Ur CHAMFOKT. O-Jl

fanation : mais le philosophe y voyait le présage du prochain triomphe de l’humanité sur la chevalerie, de l’homme sur le gentil homme ; il y voyait l’espérance de la vraie régénération na- tionale, la destruction future d’un préjugé qui, non moins nuisible, non moins invétéré en Eu- rope qu’aucune autre superstition, a peut-être retardé encore da:\antage les progrès de la société. Après cette première invasion du Carde-iMeuhle, ceux qui habitaient cette maison, se croyant dé- livrés de tout péril, en fermèrent les portes : mais leurs frayeurs recommencèrent lors qu’ils se virent assiégés de nouveau par une seconde troujje, plus redoutable que la première, puisqu’elle était composée d’hommes encore plus pauvres, plus mal vêtus, moins honnêtes, comme on disait alors; car l’extérieur de l’indigence était, pour des yeux prévenus, la menace du brigandage. Cepen- dant, cette seconde troupe, non moins honnête, en prenant ce mot dans un sens plus exact, dé- clara qu’elle ne voulait causer aucun dommage, mais seulement faire la visite de la maison. On leur représenta que leur seule multitude pouvait occasionner quelque dégât ; et on leur proposa de choisir un certain nombre d’entre eux pour s’assurer qw’il ne restait plus d’armes. I.a propo- sition fut acceptée ; et les députés introduits, tan- dis que la foule se répandait dans les cours. Il est vrai que, dans cette foule, quelques mal -in- tentionnés, s’arrogeant les droits deladéputation.