Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/312

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1)E niAMFORT. 3o!

rens, les amis, transportent îes blessés dans les maisons voisines, dans les hospice-; que la piété consacra à l’humanité. Un d’eux, en expirant, demande : Est-elle prise? Oui, lui dit-on. 11 lève au ciel des yeux pleins de joie, et rend le der- nier soupir. Une mère cherche son fils parmi des cadavres défigurés. On s’étonne d’une curio- sité qui paraît barbare. Puis-jele chercher, dit-elle, dans une place plus glorieuse? La liberté parla- t-ellc im plus beau langage dans les pays qu’elle avait le plus long-temps illustrés ?

Telle fut cette journée célèbre, présage heu- reux des événemens qui la suivirent. Mais au mi- lieu de ces événemens si multipliés, si importans, si rapides, la Bastille occupait encore tous les es- prits ; l’ivresse publique se prolongeait par la dé- couverte des mystères affreux récelés dans son sein. C’est là que la tyrannie avait enfoui ses ar- chives, le récit détaillé de ses propres forfaits, les dépositions de ses émissaires et de ses délateurs, la liste de ses victimes, les preuves irrécusables de la barbarie de ses ministres, tracées de leurs propres mains. Ces vils écrits, ces odieux reiis- tres, livrés au pillage, circulent dans Paris et de là dans tout l’empire, comme pour rehausser aux yeux des Français, honteux de leur longue patience, le prix de leur nouvelle conquête et de la liberté qui en est la récompense. Bientôt tous les arts s’empressent de célébrer l’une et l’autre. Chacun d’eux reproduit, sous les formes