Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/321

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


3 1 O OF.UVRES

sein de se faire sauter, le poussa avec violence, le menaçant nième de le percer de sa baïonnette s’il s’obtinait dans cet abominable dessein. On sut dès le soir même ( car l’intérêt qu’inspira sa mort fit rechercher sa conduite, et ce que l’on apprit augme; ta les regrets que causa sa perte ), on sut qu’il avait souhaité de prévenir, de la part du gou- verneur, toule mesiire hostile, qu’il avait donné des conseils paciliques, formé les œux d’un ci- toyen, enfin qu’il s’était constamment abstenu, pendant le siège et le combat, de tirer un seul coup de fusil. Tel était celui dont la tète, quelques heures après, était portée au bout d’une pique, ainsi que celle du nommé Asselin, innocent comme lui, mais qui, coiume lui, n’avait pas rendu le plus signalé de tous les services. Une fausse res- semblance dans les iMiiformes, trompant la mul- titr.de, les avait fait prendre l’un et l’autre pour des canonniers de la Bastille. C’était ie plus grand des crimes aux veux du peuple qui avait vu, de- puis plusieurs jours, ces instrumens de carnage tournés contre lui, et qui, ce jour même, venait d’être écrasé sous plusieurs détonations d’artille- rie. 11 immola donc ces deux infortunés; mais il pleura sa n.éprise quand il la connut; et depuis on vit quelques-uns de ces meurtriers verser des larmes d’attendrissement, et même donner des signes de désespoir, lorsque, mieux instruits, ils venaient à se rappeler qu’ils avaient tenu entre leurs mains et présenté avec joie aux regards des