Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/329

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3 i 8 OEUVRES

Un jeune homme, M. Mandar, occupé toute la matinée de différentes fonctions publiques et "volontaires, comme tous les citoyens, apprit, en se transportant aux Invalides, que la Bastille était prise. Désespéré de n’avoir pas eu part à l’honneur de ce succès, il lui vint à l’esprit de se consoler en rendant à ses concitoyens un service essentiel. Il n’avait pu vaincre avec eux, il voulait tirer parti de leur victoire et du premier effet que produirait sur les troupes postées au Champ-de- Mars la nouvelle de la prise de la Bastille. Il com- munique à ses compagnons la démarche qu’il médite. Quelques-uns la trouvent impraticable, d’autres inutile ; tous la croient dangereuse pour lui, et s’efforcent de l’en détourner. Mais il est inébranlable dans sa résolution.

Cet enthousiasme, commun depuis cpielques jours au plus grand nombre des habitans de Paris, exaltait, dans une âme naturellement ferme et intrépide, les idées de liberté et d’incié- pendance, que la culture des lettres (i) et la lec- ture des écrivains de l’antiquité rendent j)re.sque indestructible dans les hommes nés pour les pas- sions généreuses. Repoussant tout conseil timide de ses compagnons, et même écartant ceux que pouvait lui donner sa propre faiblesse déguisée

(i) M. Mandar est le traducteur de l’excellent livre de Needham intitulé : -De la Souveraineté du peuple, et de l’excellence d’un Ecat libre.