Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/328

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DK CIIAMrORT. 817

des-franraises pour empêcher qu’on ne reprît cette forteresse. Ce fut encore dans cette mémenuitqueles grenadiers du régiment des gardes-françaises vin- rent déclarer à riiôtel-de-ville qu’ils ne voulaient plus retourner à leurs casernes, dans la crainte d’être exposés à de mauvais traitemens et à tous les pièges que leur tendraient la malveillance et même la fureur de leurs officiers. On peut juger s’ils furent bien reçus. On expédia à différens couvens de Paris l’ordre de les loger et de les nourrir jusqu’à nouvel ordre.

Il est peu d’hommes, alors habitant Paris ou s’y trouvant par hasard, qui, se rappelant Cette soirée et cette nuit du i4 au i5, ne se souvienne de quelque acte de patriotisme, de quelque trait de courage et de vertu, et qui n’ait à citer un nombre infini de ces mots touchans ou énergiques qui partent de l’âme et qui saisissent ceux qui les entendent. On eût dit quetous les Français sentis- sent à la fois que, de ce jour seulement ils avaient une patrie ; et, de l’enthousiasme soudain qu’ins- pirait cette idée, s’échappaient en même temps les sentimens les plus élevés, comme autant de sources nouvelles qui se font jour et jaillissent au même instant. L’égoïsme semblait anéanti ; et l’intérêt du salut particulier se manifestait par les signes d’un intérêt plus noble, la conservation de tous.

Parmi ces traits, dont on pourrait rapporter un grand nom.bre, nous n’en citerons qu’un seul des plus remarquables.