Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/334

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DE CHA.MFORT. 323

L’agitation de Paris, toujours égale, toujours extrême, se marquait presque d’heure en heure par des symptômes différeus. (Vest qu’au miheu de tant de dangers, chacun de ces dangers de- venant tour-à-toui- l’objet dominant de l’atten- tion générale, toutes les passions, tous les carac- tères se manifestaient successivement sous des formes nouvelles. Paris, dans la soirée où la Bas- tille fut prise, Paris pendant la nuit suivante, Paris le lendemain niatin, offrit un aspect dif- férent; et cependant rien n’était changé pour lui. Menacé par l’armée du maréchal de Broglie, par des soldats étrangers, par les brigands enfermés dans son sein, les dangers qu’il courait au de- dans redoublaient ses alarmes sur ceux du dehors. A peine était-il approvisionné pour deux jours : déjà de fausses patrouilles, qu’il était impossible de ne pas confondre avec les véritables, avaient diminué la sécurité des citoyens rassurés d’abord par la vigilance de la milice bourgeoise. Des équi- voques inévitables, le mot de l’ordre mal donné ou mal entendu par des bourgeois sans expé- rience et armés subitement, avaient occasionné des méprises ftmestes et sanglantes entre des hommes bien intentionnés. Des hussards, des soldats étrangers, déguisés en paysans, atten- daient le moment de se revêtir d’habits de gardes- françaises, déjà préparés pour eux; et trente mille bandits armés, redoublant le désordre pour hâter l’instant du pillage, devenaient des ennemis plus