Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/345

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334 ŒUVRES

citoyens qui voulaient qu’on redoublât les pré- cautions ; et en effet on les redoubla toute la nuit. Un district même, ayant appris que les électeurs avaient voté des remercîmens au roi pour le re- tour de la tranquillité dans Paris, rléputa à l’iiô- tel-de-ville pour demander qu’on suspendît ces re- mercîmens, et qu’on attendit le retour de la tran- quillité et l’effet des promesses du roi. C’était un changement bien remarquable dans le caractère des Parisiens, connus jusqu’alors par l’excès de leur crédulité infatigable comme leur patience.

Le lendemain jeudi, le trouble, l’agitation de Versailles, les terreurs dont on environnait le roi sur les dangers qu’il courait à Paris, ayant fait remettre son départ au jour suivant, les soup- çons de la capitale y redoublèrent l’effervescence; on revint à craindre quelque attaque imprévue. Les bourgeois, lassés de vivre dans ces alarmes continuelles, disaient hautement que, si le roi différait encore d’un jour, ils se diviseraient en quatre corps d’armée, chacun de vingt mille hommes, qu’ils iraient à Versailles, arracheraient le roi et la famille royale à leurs obsesseurs, et vien- draient les établir dans la capitale. Tout concou- rait à échauffer les esprits sur ces idées guerrières, à redoubler cette fermentation. Chaque moment était marqué par l’arrivée d’une multitude de sol- dats, et quelquefois de compagnies entières, de toute arme, de tout uniforme, qui déser- taient et accouraient à Paris, soit par mécon-