Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/61

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sans y mettre toute la délicatesse possible, était presque peine perdue. Ceux qui y manquent n’ob- tiennent jamais le cœur, et c’est lui qu’il faut con- quérir. Ces bienfaiteurs maladroits ressemblent à ces généraux qui prennent une ville, en lais- sant la garnison se retirer dans la citadelle, et qui rendent ainsi leur conquête presqu’inutile.

— M. Lorri, médecin, racontait que M "’ de Sully, étant indisposée, l’avait appelé et lui avait conté une insolence de Bordeu, lequel lui avait dit : a Votre maladie vient de vos besoins ; voilà un homme. » Et en même temps il se présenta dans un état peu décent. Lorri excusa son con- frère, et dit à madame de Sully force galanteries respectueuses. Il ajoutait : a Je ne sais ce qui est arrivé depuis; mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’après m’avoir rappelé une fois, elle reprit Bordeu. »

— L’abbé Arnaud avait tenu autrefois sur ses genoux une petite fille, devenue depuis madame Dubarri. Un jour elle lui dit qu’elle voulait lui faire du bien ; elle ajouta : « Donnez- moi un mé- moire. Un mémoire ! lui dit-il ; il est tout fait ; le voici: je suis l’abbé Arnaud. »

— Le curé de Bray, ayant passé trois ou quatre fois de la religion catholique à la religion protes- tante, et ses amis s’étonnaiit de cette indifférence : « Moi, indifférent! dit le curé; moi, incons- tant ! rien de tout cela, au contraire, je ne change point ; je veux être curé de Bray. »