Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/67

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56 CJEUVKES

plaisirs ne paraissait avoir prise sur lui ; il me ré- pondit : « Ce n’est pas que j’y sois insensible ; mais il n’y en a pas un qui ne m’aif paru sur- payé. La gloire expose à la calomnie ; la considé- ration demande des soins continuels; les plaisirs, du mouvement, de la fatigue corporelle. La so- ciété entraîne mille inconvéniens : tout est vu, revu et jugé. Le monde ne m’a rien offert de tel qu’en descendant en moi-même, je n’aie trouvé encore mieux chez moi. Il est résulté de ces expériences réitérées cent fois, que, sans être apathique ni indifférent, je suis devenu comme immobile, et que ma position actuelle me paraît toujours la meilleure, parce que sa bonté même résulte de son immobilité et s’accroît avec elle. L’amour est une source de peines ; la olupté sans amour est un plaisir de quelques minutes ; le mariage est jugé encore plus que le reste ; l’honneur d’être père amène une suite de calami- tés ; tenir maison est le métier d’un aubergiste. Les misérables motifs qui font que l’on recherche un homme et qu’on le considère, sont transpa- rens et ne peuvent tromper qu’un sot, ni flatter qu’un homme ridiculement vain. J’en ai conclu que le repos, l’amitié et la pensée étaient les seuls biens qui convinssent à un homme qui a passé l’âge de la folie. »

— Le marquis de Villequier était des amis du grand Condé. Au moment où ce prince fut arrêté par ordre de la cour, le marquis de Villequier