Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/68

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


DE CllAMfORT. D’y

capitaine des gardes pétait chez madame de Mot- teville, lorsqu’on annonça cette nouvelle. «Ah mon Dieu! s’écria le marquis, je suis perdu! » Madame de Motteville, surprise de cette excla- mation, lui dit : « Je sa\ ais bien que vous étiez des amis de M. le prince ; mais j’ignorais que vous fussiez son ami à ce point. — Comment! dit le marquis de Villequier, ne voyez-vous pas que cette exécution me regardait? et, puisqu’on ne m’a point employé, n’est-il pas clair qu’on n’a nulle confiance en moi? » Madame de Motteville, indignée, lui répondit : «Il me semble que, n’ayant point donné lieu à la cour de soupçon- ner votre fidélité, vous devriez n’avoir point cette inquiétude, et jouir tranquillement du plai- sir de n’avoir point mis votre ami en prison. » Villequier fut honteux du premier mouvement, qui avait trahi la bassesse de son ànie.

— On annonça, dans une maison où soupait madame d’Egmont, un homme qui s’appelait Duguesclin. A ce nom son imagination s’allume ; elle fait mettre cet homme à table à côté d’elle, lui fait mille politesses, et enfin lui offre du plat qu’elle avait devant elle ( c’étaient des truffes ) : « Madame, répond le sot, il n’en faut pas à côté de vous. — A ce ton, dit-elle, en contant cette his- toire, j’eus grand regret à mes honnêtetés. Je fis comme ce dauphin qui, dans le naufrage d’un vaisseau, crut sauver un homme, et le rejeta dans la mer, en voyant que c’était un singe.»