Page:Chamfort - Maximes, Pensées, Caractères et Anecdotes, 1796, éd. Ginguené.djvu/54

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Notice

Il n’avait qu’à se louer de l’honnête homme qu’on avait placé près de lui : « Ils ont voulu, disait-il, me donner un garde, & c’est un guide qu’ils m’ont donné. » Mais enfin c’était pour lui une charge très-onéreuse ; il obtint enfin d’en être délivré.

Ses forces commençaient à peine à revenir qu’il s’occupa de quitter son logement à la Bibliothèque. Il en était vivement pressé par son successeur, qui ayant déjà plus d’appartemens qu’il n’en eût fallu à deux hommes de lettres, convoitait encore celui-là. Chamfort obligé par la perte presque totale de ses moyens d’existence & par les frais considérables de sa détention & de son traitement, à regarder de très-près à sa dépense, prit un petit entresol, composé d’une seule pièce, rue de Chabanais, où il s’établit avec ce qui lui restait de ses livres, seul, sans domestique, & simplement servi par une femme de ménage. Il reprit peu-à-peu quelques-unes de ses habitudes : la plus douce était d’aller voir presque chaque jour le très-petit nombre d’amis qui lui avaient témoigné un intérêt constant dans son malheur. Il prit la ferme résolution de renoncer à ce qu’on appelle la société, & de se concentrer dans ce petit cercle. Il fit avec quelques-uns d’eux des projets de travaux littéraires ; & ce fut presque uniquement pour l’occuper d’une manière utile, que fut conçu le plan du journal intitulé : la Décade Philosophique[1].

  1. Ce journal, qui parut peu de tems après, a traversé tous les orages de ces tems de barbarie. C’était, au milieu